Lors d’un congrès vétérinaire, la présentation d’un cas concret d’épisode grippal dans un élevage naisseur‑engraisseur rappelle à quel point ce type d’épisode peut désorganiser un atelier porcin.
20% des porcelets sevrés qui manque à l’appel !
Dans cet élevage de 110 truies (ancien multiplicateur), les reproductrices — en verraterie, gestation et maternité — déclarent un syndrome grippal marqué : baisse d’appétit, coups de flanc, fièvre modérée, avortements, retours en chaleur et chute de production laitière sont les principaux symptômes.
L’analyse confirme la présence d’un virus grippal dans ce cheptel sans programme de prévention vaccinale adaptée à la souche grippale détectée.

Pour cet élevage vendant une partie des porcelets au sevrage, les conséquences sont immédiates et majeures : plus de 20 % des porcelets sevrés manquent sur le cycle touché par l’épisode grippal avec un impact direct et immédiat sur le revenu et l’organisation de la conduite en bandes.
Des répercussions en cascade en PS et en engraissement
L’histoire ne s’arrête pas aux truies et à l’impact sur la reproduction. Les porcelets en fin de maternité et en post-sevrage développent rapidement toux, éternuements et coups de flanc, signes qui persistent de bande en bande.
Un diagnostic plus poussé, réalisé sur des animaux en octobre, met en évidence l’implication conjointe :

L’épisode grippal a ainsi ouvert la porte à des agents respiratoires opportunistes, provoquant une rupture de l’équilibre sanitaire. Très concrètement, les effets se mesurent :
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Surmortalité en post-sevrage : +1,9 point de pertes.
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Dégradation de l’indice de consommation en engraissement : +0,06 point d’indice.
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Dégradation du poids de vente : –2,9 kg sur le poids carcasse des animaux finis.
Ces dégradations, même modestes individuellement, représentent un impact cumulé important à l’échelle d’un cycle complet.
Une perte de 100€ de marge brute / truie, difficile à absorber.
Le service économique du groupement de producteurs auquel adhère l’exploitation a calculé l’impact financier de cet épisode. Le verdict est sans appel : 11 637 € de marge brute perdue, soit plus de 100 € par truie*.
Un chiffre d’autant plus parlant lorsqu’on le compare au coût annuel d’une vaccination grippe adaptée aux reproducteurs : moins de 10 €/truie/an.
Autrement dit, une protection vaccinale aurait coûté dix fois moins que les pertes générées. Dans un contexte où chaque kilo produit compte, la question se pose naturellement : le risque vaut‑il vraiment l’économie de la prévention par la vaccination ?
À retenir
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La grippe peut déclencher un effondrement rapide des performances en élevage de porcs, au-delà des symptômes respiratoires classiques et même avec une fièvre modérée.
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Elle peut favoriser l’émergence d’autres agents respiratoires, compliquant la situation sanitaire.
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Les pertes, directes et indirectes, peuvent dépasser 100 €/truie.
Pour aller plus loin : consulter les articles
Référence bibliographique :
Turci et al. 2025. Quand la grippe pandémique défie le calendrier : comment une souche virale bouleverse nos repères. Congrès AFMVP 2025, session des Cas Cliniques.